RMoult Magykian
 
 

HERMETIQUE 1 : Seul, la Nuit

 

 

 

Descendre plus profondément dans la désespérance des jours mort-nés. Jours mort-nés d’une croyance obtuse du « monde ». Descendre pour revoir le soleil, le Soleil de Minuit, le Soleil d’Apollon ą la Lyre. Jours mort-nés oĚ une complaisance animale invite, hypnotique. Une nuit de rźves ramenant ą une source au lointain : le plus proche. Au triple visage paysagé de Luna. Ce visage morne, l’Ōil blanc, buste de terre, effrayant dit quelque chose d’incompris. 

 

Artémis de son arc touchant ą vif les Čmes - y en a - t’il ? Je me le demande, et plus certainement je me le demande lą oĚ le mot « Čme », sans autre force qu’un souvenir religieusement éteint répŹte ce mot. A ce moment l’Čme, un mot n’est plus mźme une énigme sur cette terre. A peine le mot chercherait-il le salut, le salut dissolutoire, que ? Que je, « je » d’un silence, demande. Y a t-il Čme qui vive lorsque parlant de conscience ... OĚ ? Dans ce rhizome, la glue collant aux pieds de zombies bien éduqués ... Ou bien ... Alors, oui. 

 

SEULEMENT

 

Descendre toujours, ne plus s’accrocher mais s’éloigner de l’Omega attendu de nos faiblesses, nos mystiques épuisées … au Bazard. Descendre vers 

La source hors de cette physiologie oĚ tout journellement se réduit comme la langue muette et bavarde répŹte les gestes rationnés et absurdes sur la surface du miroir terne - dissociés. 

 

Descendre plus profondément verticalement sans vertige pour ressaisir au-delą du principe de plaisir, le feu brulant ... entre la douleur aseptisée et vague ou effluves indolores : par delą l’Antre du dieu qui manque et s’affiche. 

 

J’écoute attentif au moindre souffle le spectre violet du cor, le chant des enfants morts, des morts vivants dans l’entonnoir des rues grouillantes d’odeurs sales aux parfums capiteux surajoutés. La trompette se tait, bien que l’esprit de la guerre persiste lourdement, de fiers Artaban infatués parlent des héros de romans nationaux - ces poussiŹres de cauchemars restitués au mensonge : l’Histoire (rires grinćants - ą cet instant les enfants morts sont emportés par la symphonie (N°6 de Mahler) parfois nommée, Du Destin : cuivres clairs et cymbales sombres) 

 

Et, si un reste de joie, les grźles flutes au lointain bleu encore dansent. Les Cordes grincent et parfois suggŹrent l’envol. Mais l’oiseau multicolore ą quitté la terre meurtrie pour des forźts inaccessibles. 

 

Une harpe éolienne fichée dans la terre, quelque part 

(Souvenir d’une montagne ?)

Mais le berger solitaire est mort 

ň peine un film ą montrer ... 

ou bien peut-źtre ą des enfants aveugles 

Aux oreilles cosmiques. 

Un barrage a englouti la vallée 

L’eau morte gronde 

Le tonnerre mźme ... les bruits, les clameurs de la ville ont éteint ce volcan d’Air et de Feu. 

Je ramasse ému les vivaces souvenirs 

De l’Ami de la Maison 

Celui-ci un poŹte de la Provence 

Et dans son poŹme continu, inachevé 

Dans cette grande nuit 

Je ressuscite hors de l’emprise de jours ajournés 

Lą seul, la Nuit la Forźt, lą au plus sombre 

Le Feu gardien veille : le Soleil. 

 

Descendre, descendre sans relČche 

Abandonnant couche aprŹs couche 

Les revźtements, survźtements de mensonges véridiques

De vérités frelatées 

Mais je préviens 

Rien n’est buées de buées 

Si ce n’est la vźture trop clinquante 

Des Inhabitants de cette terre 

Oublieux des Célestes qui toujours

convient ą la Fontaine aux Licornes 

en dećą, au-delą de tous les jours de fźte 

Au point Mort de tous les « avant » de tous les « aprŹs » 

Certes gardée de l’Aigle et du Dragon 

l’Or du Temps ... (Silence) 

 

Lą dans le secret, en ébullition du plus clair de la souffrance, lą seul, dépliant le linceul des jours, cette Nuit accouche ą nouveau du Soleil qu’un dieu vengeur, au jour de sa colŹre (jour qui dura, dure encore de millénaire en millénaire - bien qu’aux plus confiants, il ne fut jamais un dieu, ni mźme un démon) au jour de sa colŹre d’artifices décida d’occulter le SOLEIL, HELIOS ą sa semblance paraissant ... 

 

 
  HERMETIQUE II  
 

Hermétique II

Sous les salves de mensonges 

L’éviction de toute beauté probable 

Dans ces jours ajournés 

Avec notre consentement ? 

 

Un tel poids est-ce supportable ? 

Supportable au point du jour terni 

Les colporteurs vantant l’ersatz 

Alors que les fenźtres ne découvrent ...

Dans la grisaille d’un soleil désormais voilé 

Les odeurs sales 

Alors que les fenźtres, face ą d’autres fenźtres 

Ici comme partout : vile est la ville 

Ici cependant la remembrance des criques 

Des pins, le crissement tellurique des cigales

Les amoureuses côtoyant le serpent joyeux entre la rocailles

Au fond dans l’ombre, la mer impavide 

Pleine de surprises et ses réverbérations

Réverbérations vert bleuté contre le bleu passé du ciel 

Mon regard perdu vers l’Hellade 

Epuisée. 

 

Face ą face les fenźtres découvrent 

Le grand hôpital monde 

Lą oĚ la souffrance interdite 

N’enseigne plus, n’indique plus 

Le grand portail entrouvert 

 

Cependant, voici le ciel 

Le ciel étoilé et le chant de l’exilé [1]

(Qui glisse, une fois encore cette image ici, sans raison ?)

L’oiseau en cage attend aussi 

Que l’homme vieilli au bord 

D’un accueillant abime contemple 

Le Rien : une ouverture ? 

 

Alors

L’oiseau attendrait sans attendre qu’il le délivre 

Mais oĚ ira-t-il l’oiseau ? 

 

Quand bien mźme d’un saut vertigineux 

L’homme muri par la solitude - folie sacrée 

Rejoignant l’acausal 

Il n’y plus d’oiseaux dans la forźt 

Le Passage dissimulé ... 

 

Alors ... face ą face les fenźtres 

Inviteraient mouvement contraint vers une 

Vile survie perpétuée : jeux sans cirque et 

Le pain barbelé, et le vin bu sans trace d’extase 

Une eau stagne entre tuyau bleu, tuyau rouge 

Effondrements en cascade de faćades

Dans l’interstice qui compose la rue

Dévisagés les passants passent, amorphes car 

Entre l’ignorance du prochain concertée 

Il n’y a d’étrangers que des mots affichés 

De journaux abusés 

Car... 

l’Etranger depuis longtemps 

S’est retiré dans la Forźt invisible

Et certains disent qu’il serait mort 

Forcené. 

(Grande glissade des Cordes s’achevant en dissonance au trombone, le cor ramŹne alors un rappel de pleurs asséchés. Langueurs de lentes valses quand dansent les fantômes du jour d’hui) 

 

 
  HERMETIQUE III  
 

Hermétique III

 

« Daher ist auch kein Begriff des Seyns zureichend, der sich nicht der Aufgabe, den Tod zu denken, gestellt hat » (c’est pourquoi aucun concept de SEYN ne suffit, qui n’a pas satisfait ą la tČche de penser la mort) ...  

 

 

 

Le poŹte le plus mélancolique en notre langue cette langue qui perpétua trop longtemps l’imitation des anciens affixés ou s’essouffla dans de formels larmoiements - poésie de table des matins gris relevés de bleus éteints - oui, un poŹte négligeant toute formalité, un poŹte vaillamment écrivait :

« l’homme est périssable - il se peut; mais périssons en résistant, et, si le néant nous est réservé, ne faisons pas que ce soit une justice » Senancour, Oberman Lettre XC p 455.
 

 

Vaillamment le plus mélancolique de nos poŹtes 

 

Alors ... 

Aujourd’hui chacun empesé de toutes les formules

Diagnostiques ą la hache 

Chacun est invité ą 

Croire que s’il meurt, il meurt de quelque chose 

De quelque cause autre que cette mort qui vient, oui 

Toujours et quoique en écumes, baves de dénies 

Les endormis, les rassis se racontent et oublient en s’effrayant mutuellement

Elle vient toujours ą son heure

Qu’importe ce que le prźtre du fond de l’antre effondré 

De son temple glacial dit, martŹle ou vocifŹre

Le religieux accroché ą des vestiges 

Pourra-t-il encore faire croire mais 

Chacun dans ses dits usées 

Cloué sur une croix sans destin 

La promesse par ą coups de menace 

Enfer et damnation 

Encouragera le pleutre quotidien 

couard rassuré par de saints mensonges 

Le prźtre - aux ouailles pleutres - maintiendra la mort 

Menaćante et ainsi 

Accompagne ą l’abĒme, coma de tout ce qui reste 

Du peuple une fiction !

 

Rien n’est plus ą craindre que tous 

tous les discours amicaux qui surviennent entre les maux 

Pour adoucir, réconforter

Et surtout conseiller de s’acclimater 

De s’acclimater ą l’horreur installée

ň l’horreur ficelée dans des litanies 

Litanies de contradictions inavoués, déguisées 

Et bien que la moiteur perlant applique 

Sur leur visage apathique le néant reformé, néant de pacotilles

Les singes savants épris de leur spectacle 

Renseignent de nullités un peuple de badauds 

Ce ne fut jamais ceux ą qui l’on accola aprŹs leur mort le nom fade de héros - ou de saint. 

Que revient la vaillance mais au poŹte 

Qui reprenant assurance 

Au cŌur du mystŹre 

Au mystŹre de la forźt inaccessible : la Nuit 

Reconnait, imperturbable la Muse ą l’Epée d’Air

Au BČton de Feu, Tenant le pentacle, dur assise 

Terre sacré, et la Muse ą la Coupe d’or buvable. 

 

Et ą la treiziŹme, revient la mort ... 

 

La coupe bu, laissant encore couler sur un sol de bitume sombre 

Le breuvage du Temps 

La sphinge mordorée, or veiné par l’épuisement 

D’un questionnement antique fixant 

Le « nul part » cheminant dans les souvenirs 

Des mourants assiégés

La sphinge pétrifiée 

LibŹre l’espace d’une évasion 

Qui n’est plus cette fuite ... 

fuite prescrite pour des quotidiens 

Pleins de mérites et vains 

 

La muse, la mort 

Comme un autre poŹte dans la langue déchirante 

Du Frioul préméditant sa mort sur une plage déserte, 

Sa mort dans les bras d’un ange - ces anges veules et adorables, ces tźtes de voyous pleine de candeur, au sens inné de l’honneur arbitraire tel que ce superbe descendant du Dante écrivit :

 

« Mourir est donc absolument nécessaire, parce que, tant que nous sommes en vie, nous manquons de sens … (…). La mort effectue un fulgurant montage de notre vie : … (…). Ce n’est que grČce ą la mort que notre vie nous sert ą nous exprimer. » Pier Paolo Pasolini, l’expérience hérétique.

 

Voici le cheminement Intranquille du retour 

Retour en un lieu atopique, réserve

Du respire 

Respire, expire d’une rose sans pourquoi, sans comment 

Et arrachée ą la croix 

Rose blanche dans un paysage bleu sombre 

OĚ seul les arbres demeurent maitres. 

Quand le vent embrase les maisons

Une femme triste devant sa chaumiŹre attend contemplant dans sa main un tétraŹdre qui au son de sa voix rougeoie. 

 

A ce point crucial du cheminement 

Dans la nuit transfigurée et les jours ajournés 

Crains Ami, plus que jamais qui ne laisse l’horreur 

Franchir le seuil et ne veut l’habiter, refuse ou s’effraie d’y descendre 

Toujours pétrifié ą l’idée d’un enfer : les autres - et ils sont points de feu, de poix ou de glace, ils sont seulement dressés 

Sans empathie ą médire les uns sur les autres ą temps et contretemps ... les contempteurs du Soleil de Nuit 

A ce point du cheminement la statue de Sel derriŹre toi 

Et les souffles du mercure apaisés 

Crains qui par des paroles bien intentionné alimentent

Sans le savoir les discours des savants, singes de ... 

ce qui reste encore de la Vérité. 

Crains, poŹte, mais ne crains pas celle qui veille 

Au plus sombre de la Nuit Sacrée. 

 

En attendant, poursuivant notre descente vers l’A-LumiŹre … ne quittons pas le ton approprié ą ce temps d’indigence : le Deuil

 
 

 

HERMETIQUE IV : 7 x 7 ou Elisabeth, Laure, Béatrice est morte

 

 

Comme ća, pour rien dédié ą David Tibet (Current 93) entrecroisant cette fragilité d’źtre qu’une photo (réciproque - qu’essayai-je ici de dire, par « réciproque » ?) soutient, l’irréparable de l’Čge qui s’abĒme. 

Elisabeth – Laure – Béatrice EST MORTE
Est morte, lointaine ou bien ? 
Les larmes cependant ... le crocodile. 
Les larmes ? 
Les larmes attestent l’infinité de l’absence d’avant 
L’absence d’aprŹs, toujours le trou, l’abĒme 
OĚ tous les souvenirs reviennent joyeusement
Plastifiés mentir 
S’accrocher. 
Les larmes ? Apitoiements sur les « moi » 
Acharnés ą se croire ... 
La chair parée de ces souvenirs menteurs 
Le pourrissement certain de l’intériorité 
Ha, parlez-moi de la vie intérieure, du bonheur ! 
Je sens ma chair pourrir sur ce miroir fané 
Je me vois regardé par des yeux morts 
D’une jeunesse adultérée. 
Pleut-il encore ? 
Au moins, pluie... 
Pluies arrosez les géraniums 
Ma Germanie sur fenźtres - sur cour; 

7x7 voici 49 ans, 49 jours ... la Jeune Morte 
Un début répété de mon histoire pour ... 
les autres ? 
La Jeune morte ... qu’importe. 
Si elle revenait, revenant 
Voici un fantôme, poussiŹres d’amour 
Amour ? PoussiŹres de souvenirs d’avant ... 
Que l’Ombre n’atteste de toute présomption 
La verroterie et les vers rongeurs 
Mandibules aiguisées comme des couteaux d’acier 
Inoxydable.
Est-il possible que ce couteau 
Tranche encore pour revivifier 
En temps sphérique ... quelque chose plutôt que rien ? 
Chaque point étant le mźme point d’annulation 
Ainsi l’orage, ciel jaune ce jour ajourné atteste 
Vivre demeure : une simple dépression 

Dépression ... terrain fragile secousses sismiques 
Attendues comme ces feux qui s’allument 
Partout ą l’Ouest de nos historiettes. 
Souvenirs engrangés au fond de cette terre 
Volcans réveillés, s’insinuant 
Entre tant de projets pleins de mérites 
Vaincus. Peut-źtre ... 
Les dieux - encore ces souvenirs - 
Souvenirs de souvenirs dans l’impossible 
Dureté de ce qui ne dure pas. 
Les dieux ricanent et l’humanité 
S’enfonce dans un néant premier : 
Ses victoires ! 

Ce matin je m’éveille ą la douleur persistante 
Oui, « źtre par quelque chose » 
Non point pour quelque chose. 
Les dossiers, les plans se sont accumulés 
Mźme détruits persistent pour laisser accroitre 
Les mensonges ... nécessaires ą cette dépression 
Vivre ! 

7x7 49 ans, 49 jours ... 
dans ce Bardo d’immonde 
Qu’elle soit ... morte ou pas
pourquoi alors cette image 
L’océan retiré, loin, trŹs loin 
Et la lune, ce visage troué 
Cet Ōil borgne qui nous regarde 
Blafard ? 
Je traverse ce marécage ... 
entre deux tours foudroyées 
Tours primordiales - hors histoire 
Hors cette aventure ratée : ho humanité ! 
Elle regarde ... Elle ? Une robe argentée 
Un paysage bleuté auquel elle appartient 
Pétrifiée. 
Beauté inouēe d’un métal sonore. 
Aujourd’hui, seul le son fuyant 
Remplace les mots 
Car les maux toujours plus loin 
Dictent ... chantent, sirŹnes que nul cire 
Ne fera taire
Oui, le Silence est un hurlement frappé d’interdit 
Par le bruit inutile sans cesse réinventé 
Par convenance. 

Sa mort ne me parle plus d’autre chose 
Rien ... Rien de plus
Qu’une frappe, plus originelle 
Ne m’aura signifié 
Signe de mains. Adieux avalés par cette bouche de métro. Un incertain 23 septembre d’une année appropriée ą mon destin : 1971. 
Voici entre deux tours, le marécage ... les scorpions 
La chaleur moite des rémanences d’étés impulsés d’ennui 
Ennui spectral. Sourire d’affreuse ironie souhaitable 
Par-dessus tout ... ces mensonges. 
Luna, sphŹre d’une heureuse terreur. 
Dire merci ą cette mort ... A la Jeune Morte
Et non merci ą un ange 

Comme sa mort me rappelle : elle est absente 
Car seul, la mort ... 
ainsi cette mort est lą, toujours avant 
Sa personnification 
Je suis né PAR la Mort 
Et non pour quelque chose appartenant ą « tout le monde » 
Par la mort et non pour la vie, le bonheur, les mérites 
Les douceurs sucrées de cette dépression : vivre ! 

Une nuit, un éclair 
Le soleil pétrifié sur son ombre 
Heureuse privation 
Qui engendre les Dés-errance 
Le Dés-Ire. Bref et clair comme le couteau d’obsidienne 
Dans le cristal sculpté le crČne du Dieu 
Veille au renouveau des sacrifices humains 
Regardons vers le Nord 
Le Frźne et la Source 
Les Nornes jettent les derniŹres runes 
Sur la dalle fendue 
Que puis-je évoquer d’autre 
Au collier de cranes sanglant 
J’ajoute des sons brefs, clairs 
Et mon couteau d’obsidienne ... 

Et comme passe un souffle silencieux 
Que la nuit est lą Intranquille 
Que dansent comme des squelettes de cartons 
Virevoltent les souvenirs évaporés 
Je ressens son absence, comme ... l’absence
L’absence de tout ce qui cherche une cause ! 
Je suis ici pour rien 
Par quelque chose qui me dépasse 
Et que la Mort, la Nuit, le Sacré appellent. 

Sa mort ... ce 23 septembre, il y a 7x7 ans 
Ce n’est rien que la Mort dans laquelle, par laquelle 
Je suis né. 
Mais pauvres parents n’y furent pour rien
J’étais appelé par la Mort, la Nuit 
Par ces Sombres Dieux qui un mźme septembre 
D’une autre année - précédant sa mort, la mort de la Jeune Morte, la précédant comme ... tout ce qui décide d’une existence ... précŹde tout ce qui en sera dit - d’ailleurs par mégarde - 
Oui, par ces Sombres Dieux qui dans l’anfractuosité, craquelure, fissure invisible d’un mur blanc me montrŹrent un chemin escarpé, un chemin que nul autre pouvait arpenter, un chemin de Nuit, un Chemin invisible ... sous la riviŹre bientôt asséchée. La riviŹre - ou le torrent - emportant les derniŹres feuilles d’automnes ... le vent soufflant et me parlant des derniŹres heures ... pour ce monde. Vents dans les arbres bleuis par le gel sous la lune réfractaire. 

J’entends mon cri dans l’avenir passé 
Le cri de la lune blafarde au-dessus de l’océan lointain 
Le cri de la lune, le cri des cadavres pourrissant dans l’étang, la vaste étendue des fastes mort-nés de l’humanité : cette agonie perpétuelle ? 
Pour rien ? 
Mais PAR quelque chose qui aspire... 

Sa mort ou la mort ... par cela, l’Inconnu, l’Imparlable 
Je suis ... toujours dépassé jamais récupéré sur les rives des quotidiens prévus, selon l’ordre désordonné du calendrier, de la montre. 

Il est 22h dit l’horloge digitale ... 
pour elle seule compte une chose pourrir 
Me regarder pourrir
Me regarder dans le miroir des souvenirs 
Quand bien mźme ? 
L’autre visage, fait saigner le cristal 
Sang plus rouge, plus vif : argent rougeoyant ... 
devenant OR 
Au plus profond de mes entrailles 
Le pourrissement accouche de la lumiŹre noire 
Les Dieux de la Nuit me rappellent 
Une mission ... la Source 
Le Saut ou la mort crue, la mort drue 
Cette boisson d’oubli des jours en travaux. 
A perpétuité. 
Me regarder ? 
Tout concourt ... devenir statue de sel 
S’effrité et poussiŹre de poussiŹre 
Affiner ce cauchemar doucereux 
Vivre : belle dépression. 
Ainsi le bon Guy débordé ayant soudain raisons 
Le bon Guy en sa tombe, une oeuvre giratoire 
nous laisserait en héritage 
Nous ? - ce spectacle, ce théČtre des opérations 
Inépuisable terrain des requźtes et des causes ? 
Le recours aux luttes intestines de classes ou de nations 
De fictions oĚ le bien est le mal et le mal le bien 
Alors que pour les Dieux tout est ... pour nous irrévocablement 
Par eux, oui, tout autre. 

Plus d’orage, plus de tonnerre 
La rue est calme, pleine du laid silence du repos 
Du repos de ceux qui travaillent pour ce salaire : la peur 
Sans angoisse mais apeurés ... les repos sans fond 
Des guerriers du néant mondain. Acclamations ! 
Pour cela pourrir, périr sans autre dignité que 
Décorer du mérité de crever pour la loi 
DerriŹre son masque, impersonnel ... 
mais aprŹs tout que cherche le mystique 
Sur son chemin plein de lourde moiteur ? 
Le pourrissement de la chair
Le feu électrique des crématoires rénovés 
AprŹs la piqure nouvelle extrźme onction ? 

Sans orage, sans tonnerre, sans vent 
Voilą la vie, cette étonnante dépression exhaussée par toutes les idoles, les stars dans l’ignorance calculée des Dieux de la Nuit. 
Dans l’anfractuosité ... le mur blanc 
Mźme appel que ce jour oĚ la Jeune Morte 
Oui... comme le Soleil de la clairiŹre 
Montrant caché sous l’eau vibrante, argentée de la riviŹre 
Le chemin que nul autre que moi-mźme ne peut suivre 
Et au bout du chemin, la riviŹre se jetant dans l’Abime 
Le Saut, la Source ou ... vraiment rien !

Le 23.09.2020

 

 
 

 

HERMETIQUE V : OPFER : Ceci n’est pas un rźve et le poŹme est un acte.

 

 

Devant les souvenirs démembrés 
Les actes puérils accomplis avec le sérieux 
Du moment, exigés 
Actes quotidiens cache de la misŹre marécageuse de la vie 
Ainsi réduite
Devant ces oublis nommés souvenirs 
OĚ trop souvent nous croyons retenir 
Des vérités perdues
Devant ce plein grouillant, quasi physiologique 
Devant le passé qui refuse l’origine 
La tension mźme d’au-delą de cette dépression 
Terrain fragile d’éboulements 
Glissement de la roche friable 
Le mica et le schiste 
Les écoulements d’eau moussue 
L’étrange surgissement d’une plante carnivore 
Ou figé dans un marbre naissant 
Les figurines, idoles marines
Dans les interstices débordés
Quand devant les souvenirs
Devant cela tant et tant raconté 
Repris, reprisés entre amis, pour des amis 
Réinventés, pour les ennemis - autre fiction autre maniŹre d’éluder ce qui vient dire ce qui demeure en Réserve - 
Pour les ennemis, les mźmes amis autrement revźtus de parures blanches ou noires, noires ou blanches, le plus souvent grises 
Oui, cependant noir et blanc alterne pour le Mźme acte 
Acte qui persiste, persévŹre - depuis la source le fleuve 
Vers l’océan originel 
Vers la source de la source qui ą nouveau jaillit de la roche 
Lą haut sur le mont, analogue 
Aux frissonnements des branches hiératiques 
De sombres sapins 
Lą-haut s’effacent les souvenirs 
Lą-haut dans la forźt, dans l’inconnu 
Le sacrifice que nul semblait demandé 
Et pourtant auréolé d’une rare certitude cette nuit
Fut accomplit 
Lą-haut dans le refuge au loin, cet orage dément 
Joie, extase l’homme qui croyait źtre un autre 
A été décapité 
La tźte sanglante et chaude, je l’ai palpé 
Par les mains de celui dont l’ami venait d’źtre consacré ą son insu 
Il m’a semblé qu’il aurait souhaité que ... 
mais justement ce souhait devait se retourné 
Mes mains palpant et goutant le sang 
Mes mains tenant alors la tźte du décapité 
Son corps agité du désir de la porter lui-mźme 
Sur l’autel d’obsidienne
Je comprenais, envahi par la Joie. 
Ce qui demeure joie pure. 
Joie cosmique 

Alors ... 
Lą haut dans le refuge je suis resté un moment 
Ce moment est un avenir libre, sans cause. 

Le 23.09.2020 – vers 3h15 (Matin).

 

 
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Suite - Sans intitulé

 

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[1] Evocation d’une peinture de Richard Moult. D’autres évocations de cet artiste se retrouvent ą la suite soulignant le paysage ici invoqué, entre les mots : Silence.